Jan 07

2004 – Banaba T33C T33WU

Le but du Clipperton DX Club est de promouvoir l'organisation d'expéditions radioamateurs vers des contrées rares et lointaines grâce à des aides financières, l'impression des cartes QSL, ou le prêt de matériel. Le club a créé le diplôme DXPA - DXpedition Award - pour encourager et récompenser le trafic avec les expéditions radioamateurs.

T 3 3 C
Île BANABA (OC-018) – par Flo / F5CWU

4 au 15 avril 2004

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QSL card T33WU

T33C ou les tribulations d’une vingtaine d’opérateurs dans le Pacifique.

Loin de vouloir innover en matière de récit d’expédition, j’ai trouvé intéressant de traduire l’histoire telle qu’elle c’est déroulée, quitte à ternir un peu l’idyllique tableau que l’on se fait des expéditions. Voici T33C, telle que je l’ai ressentie, sans atténuer ou omettre certains aspects…

Projet

Au retour de l’île Coco (TI9M), où tout c’était bien déroulé, à une exception près, une partie de l’équipe était enthousiaste pour une nouvelle aventure ; le plus dur étant de trouver une destination.

T30-map.gif (26822 octets) Dans les premières semaines, de nombreuses idées étaient soumises sur le forum de discussion interne à l’équipe et rien ne nous semblait impossible. Mais en grattant un peu le vernis, il nous est rapidement apparu qu’il n’y avait pas tant de QTH possible à coût raisonnable. Au fil des semaines, les emails se sont raréfiés, chacun prenant conscience qu’une fois l’idée lancée, l’aventure recommençait avec tous les tracas et problèmes qu’une préparation d’expédition impose. La machine à idées s’est assoupie jusqu’au jour où Rob PA2R (ex PA5ET) nous a fait comprendre que si nous voulions monter quelque chose, il fallait s’y mettre, car la propagation, elle, n’attendait pas ! L’un de nous évoqua alors Banaba. Lors de ses recherches, Larry N7DF s’est aperçu qu’un groupe d’allemands préparait aussi une opération en T33. Le contact fût pris avec Franck DL4KQ, qui, immédiatement proposa aux membres de « TI9M », de venir grossir les rangs de l’équipe déjà formée. Beaucoup semblait partant et cela me réjouissait au plus haut point.

Les préparatifs

Frank avait déjà fait un incroyable travail de recherche sur Banaba, tant sur le moyen de s’y rendre que sur les procédures à entreprendre pour obtenir les autorisations. Malgré tout, cet ambitieux projet semblait un peu flou, il faut bien le reconnaître, tout au moins jusqu’au jour où il fallu choisir la date des vols. Cette étape ne fut pas une mince affaire, chacun ayant une bonne raison de proposer ses dates, pour faire coïncider l’expé avec un contest ou pour des raisons familiales… mais il fallut trancher, quitte à ne pas satisfaire tout le monde. Plusieurs routes semblaient possibles, via Los Angeles ou Séoul. Une grande partie des opérateurs européens à opté pour Séoul via Franckfort, Nadi (Fiji) et Tarawa (Central Kiribati ). Au fil des semaines, nous avons enregistré quelques désistements. Une fois notre projet bien ficelé, nous avons été contacté par YT1AD, qui, selon ses dires, préparait lui aussi une opération sur Banaba. Je reste convaincu que ceci était un magistral coup de bluff, mais prendre le risque de se faire doubler était trop risqué. Alors, nous avons unis nos forces. Cinq nouveaux membres firent leur arrivée. Hormis le premier mail pour saluer l’équipe, je n’ai pas souvenir d’avoir vu passer d’autres messages, avis ou suggestions durant toute la durée des préparatifs (1 an). Hrane était l’unique interlocuteur !

La taille du groupe augmentait et l’idée de départ, qui consistait à convoyer tout l’équipement en bagage à main et en soute ne tenait plus debout. Sur le plan radio, tout pouvait encore être emporté, mais sur le plan logistique, il était devenu impossible de tout prendre.

Pourtant, il nous fallait assurer un séjour décent pour les 20 personnes que comptait l’équipe. Selon les informations en notre possession, l’île ne possédait plus de bâtiment en état, hormis quelques battisses datant de l’époque coloniale laissées par les britanniques. Sur Internet les informations concernant Banaba sont assez rares et surtout assez anciennes. Les seules nouvelles « fraîches », nous ont été fournies par les derniers opérateurs ayant séjourné sur place il y a déjà quelques années. Finalement, l’idée d’un container apparu. Là encore, de nombreuses demandes furent effectuées pour trouver une route afin de rapprocher l’équipement de T33, tout au moins de Tarawa (T3Ø), d’où nous devions emprunter le bateau pour Banaba. Aux Etats-Unis, les demandes n’ont pas aboutis et en Europe, nous étions dans une impasse. Jusqu’aux Fidji pas de problème mais au delà, rien ! En insistant un peu, une opportunité fut trouvée. Deux possibilités s’offraient à nous au niveau des dates mais en aucun cas nous ne devions manquer le départ du porte container, au risque de voir arriver notre équipement trop tard. Nous étions mi 2003, le départ du container prévu début 2004. Plusieurs mois étaient devant nous pour rassembler, empaqueter et charger l’équipement. Au moment de demander une première participation (1000) de nouveaux désistements furent enregistrés, bientôt remplacé par de nouveaux arrivants. L’effectif se stabilisait aux alentours de 20 personnes.

La partie financière fût, elle aussi, très épique. Un compte fut créé à l’occasion et tout l’argent y fut placé. D’un coté, des virements arrivaient, parfois de pays « exotiques » puis, après un court séjour chez l’écureuil français, de fortes sommes étaient transférées vers l’Allemagne principalement, ce qui ne manqua pas d’attirer l’attention de mon banquier !
Et puis je crois que je n’ai jamais eu autant de propositions de placements. Quand j’annonçai que cet argent ne m’appartenait pas, ils restaient bouche bée !!!

Petit à petit notre aventure prenait forme. Un navire capable d’emporter notre container depuis Tarawa jusqu’à Banaba et en mesure de venir nous chercher quinze jours plus tard fût trouvé. Bien évidemment, tout ce paye, mais cela nous retira une grosse épine du pied. Il ne restait plus qu’à travailler sur le container. Mais avec plusieurs mois devant nous, il n’y avait pas matière à se presser. Franck DL4KQ commença à acheter du matériel principalement sur eBay, moyen idéal d’acquérir de l’équipement neuf ou d’occasion à faible prix. Des centaines d’articles ont ainsi été achetés et stockés, du piquet de tente à la moto 125cm3. Pour d’autres, la période des soldes ou des fins de séries fut également une bonne opportunité. Un travail colossal fut accomplit par les allemands avec une rigueur et une organisation qui leur est propre. D’un autre coté, des dizaines de clubs furent sollicités afin de nous donner un coup de main, principalement sur le plan financier. Pour certains, l’accueil fut favorable, pour d’autres aucune réponse malgré plusieurs relances. Le fait d’avoir annoncé dans un communiqué que notre objectif était de favoriser les QSO avec l’Europe nous a beaucoup pénalisé, principalement auprès des associations US. Pourtant, quand on connaît la largeur des fenêtres de propagation avec l’Europe, il était difficilement concevable que les stations Nord-américaines allaient être lésées. Heureusement, ce ne fut pas une réaction générale bien qu’à mon avis, cette simple phrase nous ait desservie.

Courant novembre, Frank reçu un courriel de la compagnie maritime l’informant que le container devait être au port pour le 10 décembre. Aie !!! Rien n’était prêt. Il fallut deux semaines (presque nuits et jours) pour préparer tout l’équipement et charger le container. Chaque caisse était numérotée, et comportait une fiche détaillant l’équipement contenu, le poids et l’affectation sur l’île (SSB, CW, DIGI, GUEST). Chaque groupe électrogène (9) fût essayé pendant quelques heures. Tous les mats avaient leurs haubans prédécoupés pour assurer une mise en œuvre rapide. De larges bacs métalliques furent utilisés pour stocker les centaines de plats « micro-ondes », ainsi que les rations de combat. Nous avons vraiment prit conscience du travail effectué une fois le container ouvert sous nos yeux. Chaque cm3 était utilisé, d’une manière ou d’une autre, tout en tenant compte de l’équilibre du container pour éviter un subit basculement lors de sa manipulation au port. A noter qu’un manuel papier fut réalisé pour expliquer le chargement / déchargement avec l’emplacement de chaque bidon, caisse, planches. A noter que certaines planches étaient, sur l’île équipées de pied pour faire des bureau et démontées à la fin du séjour pour retourner dans le container. Finalement il fut chargé à temps. Par sécurité, nous avions opté au dernier moment pour un contrat un peu plus cher (malgré le budget plus que serré) offrant 2 dates d’arrivée à Tarawa. Le reste de l’équipement, ordinateurs, transceivers et câbles a été pris en bagage à main. Là encore, il a fallu une organisation du tonnerre pour être certain que chaque opérateur désigné n’oubliait rien.

Les dernières semaines furent consacrées à la stratégie. Il avait été décidé très tôt, de l’affectation de chaque opérateur aux équipes SSB, CW, DIGI pour le montage ainsi que pour l’opération. Il en a été quelque peu différent sur place, mais dans l’ensemble le dispositif a été assez efficace. Au fur et a mesure que le départ approchait, différents manuels sont apparus :
* Manuel général (cartes azimutales, sunset/sunrise…),
* Montage stations et antennes,
* Manuel de chargement / déchargement du container.

Même si cela peut paraître un peu excessif, c’est un gain de temps précieux. Bon, il faut admettre que si chacun avait pris la peine de lire ces quelques pages, beaucoup de temps aurait encore été économisé. Certes, il y a la théorie et la pratique, mais cadrer les choses dès le début est une des clefs d’un montage rapide et sérieux.
La plupart des décisions furent prises en comité restreint, c’est à dire entre DL4KQ, PA2R et moi-même, parfois pour ne pas générer de questions, parfois pour ne pas inquiéter l’ensemble de l’équipe. Bien souvent, c’était dans un souci de rapidité. De nombreuses questions ont trouvé réponses grâce au travail de chacun. Certains avaient des taches bien précises: allant du contact avec les autorités, sponsors, bulletins, réservations hôtel, licences, T-shirts, site Web.

En juin 2003, une première réunion fut organisée à Friedrichshafen. Ce fût l’occasion de faire connaissance ou de retrouver certains. Le reste des échanges s’effectua par courriels, fax ou téléphone. Pour certain, le budget téléphone était conséquent. Frank interceptait les factures avant que son épouse ne les découvrent… Même si les appels étaient remboursés, découvrir des notes de téléphone à 4 chiffres fait toujours un choc, surtout quand le montant est exprimé en Euro.

Le départ

DL4KQ et Yl, DL5OAB et Yl, PA2R, PA3EWP, IK1PMR et Yl (K2LEO), F5CWU, s’étaient donnés rendez-vous en Allemagne d’où partait notre avion pour Séoul. En Corée, Eugène RK3AD et Tom GM4FDM nous ont rejoint. Onze heures plus tard, nous étions à Fidji, au beau milieu de la piscine de l’hôtel, un cocktail à la main. Nous devions séjourner quelques jours à Fidji (Viti-Levu) en attendant l’avion qui nous emmènerait à Tarawa (T3Ø). Ce court séjour nous permit de nous acclimater tranquillement au WX du Pacifique. Une chambre supplémentaire nous servit de station, d’atelier, et de salle de réunion.

Une G5RV fût installé entre le bâtiment et un arbre, ce qui nous donna l’occasion d’utiliser nos indicatifs 3D2. A quelques kilomètres de là, YT1AD et YL, YZ7AA et Z32AU, arrivés quelques jours plus tôt, participaient au CQ WPX SSB. Les deux derniers jours furent consacrés à l’essai du matériel et à l’échange d’EPROM des Elecraft K2/100. Plusieurs opérateurs avaient construits ces petits émetteurs, très performants. Ils furent préférés à des appareils commerciaux, principalement pour des raisons de coûts de transport. Nous ne pouvions pas dépenser 3 à 4000 euros pour faire venir des TX des USA.

Tous les opérateurs séjournant à Fidji se sont retrouvés dans l’aéroport à 5 heures. Quelques instants avant de partir, nous avons appris le désistement de Z32AU qui devait retourner d’urgence à son domicile. Il nous fut demandé de rembourser la totalité de la somme investie pour cet opérateur. Personne ne saisissait pourquoi. Une drôle d’ambiance s’installa alors dans le groupe. La grosse erreur fut de ne pas faire signer un contrat d’engagement à tous les opérateurs, précisant les différentes règles et conditions dans l’équipe, notamment en matière d’annulation.

Deux heures plus tard, nous sommes arrivé aux Kiribati après un survol du lagon. Arrivé à l’aéroport international de Bonriki (si si, c’est écrit), notre groupe s’est abrité du soleil sous le petit hangar en tôle qui sert de terminal. Une grande partie d’entre nous devait obtenir le visa d’entrée. 1 coup de tampon par passeport ne demanda pas loin d’une heure ! Nous découvrirons plus tard que ce délai est considéré comme normal aux Kiribati. Rien ne presse !

Les formalités douanières ont-elles aussi été longues, non pas à cause des contrôle mais le temps que certains opérateurs négocient le passage en groupe. Personne n’avait rien demandé ; au final, nous avons perdu plus de temps qu’autre chose. A l’extérieur, K3LP, W6ND et AKØA arrivés quelques jours auparavant nous ont accueillis. Ils étaient chargés de surveiller d’un œil la préparation du bateau. Le séjour en T3Ø ne fût pas de tout repos. Nous devions compléter les achats et obtenir les licences. Nous n’auront eu que peu de temps pour visiter cette île, si belle vue d’avion mais à notre grand regret, tant dévastée par l’homme. Une grande partie de l’île principale est complètement souillée par les déchets ; il y règne une grande misère. Près de 92% de la population est sans emploi et l’île n’a malheureusement que peu de ressources. Le lagon est en grande partie pollué par des déchets en tous genre. A plusieurs reprises, les autochtones nous ont déconseillé de nous baigner dans le lagon. Côté océan, il reste tout de même quelques plages pas trop envahies par les carcasses de voiture ou moteurs mais une grande partie du groupe n’aura pas eu la chance de s’y rendre tant le temps manquait.

La collecte des licences demanda tout de même une journée et demie, dans le calme et la bonne humeur ! Accueillis à bras ouvert par Mr Moto, Ministre des télécommunications, nous avons chacun fait la demande d’une licence en T3Ø et T33 ainsi qu’une demande collective pour T3ØC et T33C. Certains en ont profité pour demander toutes les licences T3 dispos (T3Ø, T31, T32, T33). En deux jours, une bonne cinquantaine de licences fut délivrée, autant qu’en plusieurs années en temps normal. Tout s’annonçait pour le mieux, tout au moins jusqu’au moment ou nous avons découvert le bateau. Attaqué par la rouille, un peu mal en point, celui-ci était accosté au port de Betio à l’extrémité de l’île. En s’approchant, une forte odeur de kérosène, mêlée à des odeurs de noix de coco remontaient de la calle où l’équipage faisait tant bien que mal de la place pour accueillir notre container. Le bateau était devenu le principal sujet de conversation. Personne n’était bien rassuré, sauf peut être le capitaine, affichant toujours un grand sourire. Je me rappelle encore de Tom GM4FDM téléphonant à sa femme et déformant un peu la réalité au sujet du bateau pour ne pas recevoir l’ordre de rester sur le quai. Sacré Tom !

Chaque soir, des débriefing étaient organisés dans l’hôtel principal de l’île. A plusieurs reprises nous avons eu le sentiment de servir de cobaye. Vers la fin du séjour, nous avons appris que les employés changeaient de poste au rythme de leur apprentissage. Un jour en cuisinier, un jour au ménage, un jour à l’accueil. Le slogan de l’hôtel aurait pu être : « J’y suis allé, j’en suis revenu !!! »

Petit à petit, des groupes, ou plutôt des clans s’étaient formés et l’ambiance était quelque peu tendue. Certains étaient mêmes prêts à repartir chez eux, agacé par les remarques et la dictature d’un des membres de l’équipe, souhaitant toujours être calife à la place du calife. Il fallut user de véritables talents de négociateur pour les convaincre de rester et organiser une rébellion au sein du groupe pour isoler petit à petit cet individu.

Finalement le jour du départ pour Banaba arriva, soulageant un peu les esprits échauffés depuis quelques jours. Tout fut chargé dans le bateau, à divers endroits selon la sensibilité des équipements contenus dans les bagages. Sur le pont du bateau, des ficelles, servant de garde-fou ont été installées à la hâte. Une bâche, un peu grasse, fut dépliée sur le pont et une seconde fut installée en V inversé supportée par un câble en acier traversant le pont. Tout cela formait un semblant de tente canadienne.

Dessous, les lits de camps que nous avions sortis du container ont été installées et ficelés les uns aux autres en cas de grosse mer. Les premières 24 heures ont été sans problème. Malgré une mer calme, nous fûmes plusieurs à nous nourrir essentiellement de crackers et d’une gorgée d’eau pour ne pas trop solliciter l’estomac. Pourtant des rations de combat avec des plats aux noms alléchants étaient distribués mais cela aurait probablement fini par passer par dessus bord. En fin d’après midi, le deuxième jour, nous avons relevé les cotés de notre « pseudo tente », profitant d’un rayon de soleil et d’une petite brise. Au loin, de gros nuages noirs avaient fait leur apparition mais renseignements pris, nous n’avions rien a craindre. Vers minuit, quelques gouttes firent leur apparition, traversant par endroit la bâche nous servant d’abri. Il faut dire qu’elle ne doit pas en être à sa première traversée. D’un coup, une tempête s’abattit sur le bateau, un vrai déluge de pluie dans un premier temps, puis un vent extrêmement violent qui emportât une partie de la toile, qui maintenant, claquait dangereusement au dessus de nous. Une grande partie du groupe se réfugia au centre du pont. Les quelques bagages laissés près des lits volaient. Par chance, peu ont été perdus. Autant dire que l’expédition T33C aurait pu mal, très mal débuter.
Au petit matin, nous pouvions apercevoir une masse au dessus des flots, Banaba ! Ancré au large, le capitaine attendait le jour pour se remettre en marche sans risquer d’atterrir sur les récifs de coraux qui peuvent s’avérer fatals pour le bateau et les opérateurs. Après avoir repris la direction de l’île, le bateau s’arrêta et ancra à 200m de l’entrée du port. Le déchargement s’annonçait rapide. Dommage que nous n’aillions pas eu la possibilité d’entrer dans le port avec le bateau.

T33C, QRZ ?

Chaque navette se faisait avec une barque aluminium. Deux personnes dans un premier temps, puis le reste de l’équipe à l’exception des responsables « container » débarquèrent sur l’île. Le premiers pas sur une nouvelle contrée DXCC ont quelque chose de magique !

Rapidement, nous nous sommes mis au travail. Le container devait être déchargé depuis la cale du bateau, et les équipements chargés dans les barques à l’aide d’une grue. Au port, il fallait récupérer ces chargements et les transporter en haut des marches, rendues glissantes par les algues. Autant dire que nous avons sentit à la fin de la journée dans le dos et dans les bras les 6 tonnes de matériel !!!

En milieu de journée, le bateau se déplaça à 800m du port, rendant les allers/retours plus longs et plus périlleux. Une fois les premières caisses déchargées, une grande partie du groupe s’est éclipsée. Nous sommes resté à 3 ou 4 pour décharger et faire des centaines d’allers et retours. Pas très sympa !
A notre grande surprise, Banaba est dotée de deux petites camionnettes, encore en état de marche. La mise à disposition de celles-ci fut pour nous une aubaine. Les camps étaient situés à 1, 3 et 5 kilomètres de là. Autant dire que sans ces camions, l’installation aurait été beaucoup plus longue et pénible, notamment pour convoyer les fûts de gasoil, les groupes électrogène, ainsi que les caisses pesant pour certaines près de 80 kilos, sans parler de l’eau (3000 litres)…

Le camp CW, où la majorité des opérateurs étaient affectés, à été installé dans la maison d’hôte de Banaba, grande bâtisse, bien fatiguée par les années mais encore habitable et entretenue avec les moyens du bord. Nous avions prévu un camp de base sous tente car selon les informations collectés ici et la, il nous était impossible d’avoir la certitude que des bâtiments étaient utilisables. Là encore, ce fut une grande chance pour nous. Pour finir, le responsable de l’île nous appris que nous avions à disposition de l’eau (pour la douche), leurs réserves étant suffisantes.

Quel soulagement ! Nous avions fait embarquer dans le bateau 5000 l d’eau technique pour la toilette et avions prévu des douches solaires de fortune… Chance, quand tu nous tiens !!!

Les trois stations CW furent établies dans une pièce de cette grande maison. A l’étage, trois chambres pouvaient héberger les opérateurs dans de vrais couchages, ou dans les lits de camps qui avaient été placés sur la mezzanine. Deux chambres étaient équipées de douche. Une fut accaparée par certains. L’utiliser n’était pas chose facile…
Quelle mentalité !!!
Quelques problèmes d’individualisme apparaissaient et tendaient l’ambiance. Nous étions loin d’un climat serein mais chacun prenait sur soi.

Au rez-de-chaussée, la pièce principale servait de cantine, buffet, salle de réunion. Nous y avons installé un petit réfrigérateur ainsi que les micro-ondes. Pour faciliter le transport des aliments, nous avions opté pour des plats « micro-ondable » qui ne craignent ni la chaleur ni l’humidité. Ainsi, des dizaines de cartons étaient stockés, tout comme des milliers de bouteilles d’eau et de soda. A notre arrivée, nous avons appris que la « location de la maison » comprenait aussi un service de cuisine. Chaque jour, nous avions droit à des petites crêpes, pains, gâteaux, beignets de poisson confectionnés avec des produits que nous avions achetés aux Kiribati et aux poissons péchés à Banaba. Faire plus frais, c’est difficile.

Ainsi, le stock de plats micro-onde n’eut pas beaucoup de succès, hormis pour combler un petit creux. Dans un coin de la pièce, sous une bâche (de temps en temps de l’eau s’écoulait du plafond) une station Pactor II couplée au logiciel WINLINK fût installée, ce qui nous permis de recevoir et d’envoyer emails et logs. Certes le débit est assez faible mais cela nous permettait de communiquer avec l’extérieur. Au passage, nous remercions à nouveau Arnold ZL1MA qui a mis son installation à disposition pour que nous puissions nous y connecter quotidiennement.

A l’extérieur, toutes les caisses affectées à ce camp étaient entreposées, tout comme les fûts d’essence. Garé devant la maison, une moto, 125cm3, et sa remorque permettaient de rapides déplacements entre les camps. Achetée à bas prix sur Internet, celle ci s’avéra très utile. Pour l’occasion, nous l’avions immatriculé « T33C ». La, plaque a été fixé avant notre départ sur le port.

Le camp SSB était situé sur le plateau, avec un dégagement aux 360°. Le champ d’antennes était placé sur le terrain de foot de Banaba. Par contre, il n’y avait pas de bâtiment à proximité. Nous nous sommes établi dans une cabane en tôles sur le côté du terrain. A l’aide de quelques bâches, nous avons pu boucher les ouvertures de notre shack. Cela n’empêchait pas l’eau de rentrer. Quand il pleuvait fort, nous étions obliger d’arrêter le trafic, de bâcher tous les bureaux et d’attendre. En plein pile-up, c’est frustrant ! Côté antennes, nous ne pouvions utiliser que la moitié du terrain. Les jeunes de l’île souhaitaient conserver la possibilité de s’entraîner, notamment en vue du tournoi qui devait avoir lieu dans les semaines à venir à Tarawa. Pour beaucoup d’entre eux, cet événement représentait la première sortie hors de leur île et la représenter dans une compétion est quelque chose d’incroyable. Pas étonnant qu’ils s’entraînait si fort. Et nos haubans et mats servaient à leur entraînement. De notre côté, nous étions les doigts croisés pour qu’aucun d’entre eux ne s’écroule sur les haubanages ou contre un mat !!

En fin d’après midi, le camp CW était opérationnel. Une grande partie des opérateurs y ont travaillé, laissant le déchargement du bateau et le montage des autres stations un peu en plant !

Vers 17 heures, le camp SSB commença à s’équiper mais le montage des antennes ne pu être achevé avant la nuit qui arriva quelques dizaines de minutes plus tard. Il fut reporté au lendemain. Déçu de ne pouvoir commencer à trafiquer de suite, nous sommes retourné au camp de base (CW) pour se restaurer et prendre une douche. Tout le monde était passé avant, il ne restait plus d’eau pour la douche, ni rien de frais à manger. Temps pis !

Malgré la fatigue accumulée tout au long de la journée de déchargement, sous un soleil de plomb, il nous était impossible avec Ron PA3EWP, de laisser passer une nuit sans rien faire ! L’excitation était trop forte. Nous avons réuni quelques provisions et sommes retourné au camp SSB avec notre balluchon. A la lueur de lampes frontales, une verticale multi bande (nous ayant servit aux Kiribati) fut montée et fixée à un pied de biche en plein milieu du terrain de foot. Dès lors, nous avons pu faire des QSO en SSB et montrer que nous étions bel et bien prêt à affronter le pile_up. Chacun effectua une moitié de nuit, l’autre dormait au pied de la table, enroulé dans une moustiquaire.

Vers 6 heures, d’autres opérateurs sont arrivés pour donner un coup de main. Au fur et à mesure que les antennes étaient opérationnelles, les stations étaient mises en route. En fin de journée, 3 beams 2 éléments stepp-Ir étaient opérationnelles. Les loops 80 et 40m furent installées le lendemain, tout comme la beam 6 éléments 50 MHz . Le camp DIGI était incontestablement le plus mal lotit, à cause de son éloignement. Ce n’est que le troisième jour qu’ils purent vraiment démarrer le trafic sérieusement malgré un dégagement assez mauvais sur l’Europe.

Au camp SSB, 4 opérateurs s’affairaient à 3 stations HF et une 6m. Autant dire que même avec toute la bonne volonté du monde, nous avions un peu de mal à tenir la cadence. Au bout de quelques jours, avec 2h de sommeil par jour nous étions à bout de forces. Il fut décidé de ne conserver qu’une station en pleine nuit. La propagation excellente les deux premiers jours changea brusquement à partir du troisième jour. Les fenêtres avec l’Europe avaient presque disparues et pendant toute la journée, les pile-up et les signaux étaient minuscules (entre S0 et S3). Seules quelques stations asiatiques et pacifiques réussissaient à faire dévier un peu le S-mètre. Avec des moyennes de 10 QSO/heure, il parut évident qu’il ne servait à rien de conserver 3 stations le jour. Cela permis à tous de se reposer un peu mais vu la chaleur régnant en pleine journée, dormir était quasi-impossible. Tous nos efforts étaient donc concentrés entre 16h et 1h du matin.

Si au début du séjour, nous étions optimiste quand à un objectif de 100000 QSO, il nous fallut rapidement revoir notre copie ! Au vu des statistiques, les 50000 QSO semblaient déjà difficile à atteindre, mais les 9 stations aidant, nous avons finalement conclu avec près de 75000 QSO (plus 5000 QSO avec les indicatifs perso) aidé par la propagation qui s’améliora les 2 derniers jours. Sur l’île, les journée étaient occupées principalement par de la maintenance. Entre la vidange des groupes et l’installation de nouvelles antennes au camp SSB, nous n’avons eu que peu de temps pour souffler. Par chance, je me suis retrouvé avec des opérateurs « contesteurs ». Au sein de notre petit groupe, l’ambiance était vraiment fantastique, tant sur le plan radio que sur le plan humain. Des antennes hybrides furent installées, notamment sur 80 et 40m pour essayer de combler le manque d’efficacité des loops. A vrai dire, nous avions opté lors des préparatifs pour des verticales mais il fut décidé que des loops seraient plus efficaces sur Banaba. Nous avons accepté ces explications, convaincu secrètement qu’un bon vieux four-square serait meilleur. Les loops, transformée en « verticales GP/slooper » fonctionnaient bien mieux mais ceci pris du temps et nous n’avons pas beaucoup profité des bandes basses avec l’Europe tant les signaux étaient faibles et les fenêtres réduites. Malgré tout, de nombreux français furent inscrits dans le log en SSB 40m, mais laissez-moi vous dire que le prochain coup, nous emporterons des antennes qui ont fait leurs preuves, quelque soit les décisions prises, quitte à payer de sa poche le surpoids.

Banaba, île oubliée

Entre deux shifts, il était possible d’explorer l’île à pied ou à moto. A l’époque coloniale, des centaines de personnes vivaient sur Banaba, pour y extraire du phosphate, un des plus pur au monde. Près de 90% de l’île a été exploitée et ravagée. Seul 5% de terre arable a été épargné. Partout nous retrouvons les traces de cette folle époque. Des véhicules, des bâtiments, des engins de chantiers, des citernes, des battisses, tout est rouillé, et recouvert par la végétation. Cela donne l’impression que la vie c’est arrêté il y a 25 ans ! Tout est resté dans le même état. Les quelques habitants de l’île sont installés dans les bâtisses qui ne sont pas encore trop abîmés. Ils survivent principalement grâce à la pêche. A l’extrémité de l’île, une petite chapelle est quand à elle conservée en excellent état. Chaque dimanche, tous les habitants de Banaba s’y retrouvent pour la messe. C’est l’événement de la semaine.
Chaque année, Banaba reçoit une somme d’argent, octroyée par les anglais au titre d’indemnité aux dégâts effectués lors de l’exploitation minière. Cette somme représente une minuscule partie des fonds nécessaires pour assurer une vie normale aux 200 habitants. Actuellement leur plant de désalinisation est en panne, et la pièce à remplacer représente plusieurs années de budget. Alors en attendant, les habitants se servent de l’eau de pluie.

L’accueil a été incroyablement chaleureux, même si dans les premiers jours, il y eu une période d’observation. A plusieurs reprises, des fêtes en notre honneur étaient organisées par les enfants de l’école, ou par les habitants de l’île, danseurs d’exceptions, connus et reconnus depuis toujours dans le Pacifique. Que de souvenirs et quelle belle leçon de vie encore une fois.

Le démontage

Vint l’heure du démontage, avec un éternel pincement au cœur. Il nous fallait tout empaqueter convenablement car tout devait rentrer comme avant dans le container. Ce fut chose facile grâce aux manuels. Jusqu’au dernier moment, nous avons essayé de conserver une station active. Les deux ou trois derniers soirs, une soirée dansante fut improvisée entre les opérateurs et les habitants. Il n’en fallait pas plus pour faire danser tout le monde… S’il y a bien un endroit ou je ne m’attendais pas à faire « une boum », c’est bien à Banaba…
Quel super souvenir !!! Et puis comment oublier le soir où nous avons célébré les 80 ans de Bill AKØA. Un gâteau et une bonne bouteille de Bordeaux, emportée à cette occasion permirent de fêter ça !

Le jour du départ, il n’y avait pas matière à rêvasser, le bateau devant être chargé avant 16h. De nombreuses choses ont été laissées sur place (outils, cordages, mats) et permettrons de bricoler mais nous ne pouvions pas laisser trop de matériel car au retour, le container devait être inspecté par les douanes et les choses manquantes taxées. Finalement tout se passa sans encombre.

Ce n’est qu’un au revoir !

A bord de la dernière navette entre l’île et le bateau l’émotion était palpable. Chacun avait laissé sa place à d’autres pour rester quelques minutes de plus sur l’île. Sous un majestueux coucher de soleil nous avons laissé Banaba et ses habitants s’éloigner. Le retour en bateau se passa sans encombre et fut même un peu plus rapide qu’a l’aller. Tout le monde redoutait une autre tempête, il n’en fut rien. Arrivé au port, il fallut négocier ferme pour que nos bagages nous soient rendus. L’équipage nous avait donné rendez-vous le lendemain matin (jour férié aux Kiribati) mais c’était aussi le jour de notre départ. Au rythme où les choses vont dans ces îles, nous avons préféré prendre nos affaires de suite même s’il nous a fallut attendre deux bonnes heures. L’équipe se scinda à nouveau en deux groupes pour se retrouver que le lendemain matin pour un dernier « au revoir ». La majorité des opérateurs s’envola vers Fidji puis Los Angeles ou Séoul. Pour notre part, nous avons passé une semaine sur la côte de Corail à Fidji. Par pure coïncidence, nous avons séjourné dans un hôtel dont le propriétaire est radioamateur (un américain). Une station avait été installée face à l’océan. Par une autre coïncidence, deux clients de l’hôtel étaient aussi radioamateurs. Une belle tablée !

Lors de notre escale à Séoul, nous avons été accueillis comme des rois par nos amis du « Korean DX Club » au radio-club de la Police de Seoul-Incheon. Auparavant, nous avions traversé une partie de la ville dans des monospaces. Les conducteurs, jonglaient d’une main avec les deux ou trois téléphones ayant chacun différentes sonneries selon l’interlocuteur, le Tx VHF et UHF. Un vrai numéro d’équilibriste. Ensuite, nous avons partagé nos expériences, pris de nombreuses photos, signé le livre d’or. Merci à tous pour le chaleureux accueil !

Conclusion

Pour conclure, je dirai que cette aventure fût une formidable expérience, malgré de nombreux soubresauts. 20 opérateurs est sans aucun doute la chose la plus compliquée qu’il soit à coordonner, surtout quand une grande partie de l’équipe ne se connaît pas. Si certaines personnes se sont révélées être de formidables co-équipiers, d’autres sont restées égales à elles-mêmes, et à la hauteur de leur réputation dans le petit monde du DX.
La propagation ne nous a pas surpris. Nous nous attendions à de mauvaises conditions vu l’époque de l’année et l’avancement dans le cycle solaire. Malgré tout, près d’un quart des QSO réalisés le furent avec des européens, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Band SSB CW RTTY SSTV PSK Total Band
160 13 385 0 0 0 398
80 1275 1237 2 0 0 2514
40 2112 4228 141 0 67 6548
30 0 4769 124 0 26 4919
20 8782 8954 1204 6 248 19184
17 5428 6164 863 0 0 12455
15 8651 6931 933 30 231 16776
12 3234 2531 162 0 61 5988
10 3245 1998 273 0 3 5519
6 31 169 0 0 0 200
Total Mode 32762 37366 3702 36 636 74501

 

 

 

 

Un grand merci à tous nos sponsors, et a toutes les personnes qui, de près ou de loin, nous on aidé à mener à bien ce projet. Pour ma part, je tire mon chapeau aux Allemands de l’équipe et plus particulièrement à Frank DL4KQ pour avoir organisé, géré et effectué la préparation du container et diverses tâches annexes avec une rigueur et une précision incroyable. Je peux sans aucun doute affirmer que si T33C a été un succès sur le plan radio, c’est en grande partie grâce à lui. Chapeau Mr Frank !!

A bientôt depuis d’autres DXCC … sûrement avec d’autres opérateurs de T33C… mais pas tous, ça c’est certain !!!
Il y en a avec qui je ne peux concevoir de partir à nouveau tant la mentalité et le « HAM spirit » sont éloignés des valeurs communes à beaucoup d’entre nous.

Flo F5CWU / 3D2FM / T30WU / T33WU (C.DX.C n°929)

Photos :
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Drapeaux représentants les différentes nationalités
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Le container, 6 tonnes !
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Notre beau bateau « Le MV Te Taobé »
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Dans la cale du bateau (3000l d’eau et près de 4000l d’essence)
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Lors de la traversée…
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Débarquement du materièl avec les barques en aluminium
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La maison d’hôte de Banaba / station CW
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Stockage des caisses et plats
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Les antennes SSB sur le stade
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Le shack SSB / 6m
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PA3EWP et GM4FDM en SSB
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N6TQS en RTTY/PSK
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IK1PMR, K6SRZ et DF2IC en CW
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Vestiges de l’époque coloniale
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Tout n’est que corail sur cette île
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F5CWU et la plaque fixée sur le port
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Charmantes danseuses de Banaba
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AKØA et ses 80 spires au P.A
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L’équipe
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QSL T33C

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